Socialistes

Socialistes et socialistes utopiques 

La première moitié du 19e siècle a connu les premiers mécontentements dirigés à l’encontre du système capitaliste. Les socialistes, issus de différents courants, vont montrer que l’industrialisation et l’urbanisation croissantes entrainent une augmentation des problèmes sociaux ainsi qu’un amenuisement de la solidarité propre aux campagnes.

Socialisme utopique

L’accroissement des richesses par une certaine partie de la population et la misère croissante pour l’autre partie entrainent seulement une surproduction et un mal être. C’est contre le « paupérisme industriel », misère caractérisant l’époque, que les socialistes vont se battre.

On peut citer quelques socialistes utopiques importants :

§  Fourrier

Il imagine un monde idéal dans lequel des petits groupes se formeraient en fonction de passions dominantes, et qui vivent sans intermédiaires de l’échange. En effet, sans ses intermédiaires de la distribution, il existe un lien direct entre production et consommation. Ces petits groupes, les « phalanstères » ne comprennent qu’environ 1600 habitants puisque les intermédiaires n’existent plus. [+]

[Selon Fourier, le commerce a introduit un libéralisme qui dégrade toute la société, en ancrant de manière durable la concurrence et l’égoïsme. Il crée le système du phalanstère ; à partir de l’idée qui consiste à considérer que les passions fondent l’ordre social. Les passions principales, affectives, distributives ou sensitives sont au nombre de douze; leur assemblage de manière complémentaire permettra d’atteindre le bonheur, qui consiste à avoir « beaucoup de passions, et beaucoup de moyens pour les satisfaire ». L’association des passions se matérialise par la constitution de phalanstères regroupant 1620 individus qui comprennent les douze passions qui se complètent. Fourier pense que c’est cet équilibrage qui permettra d’apporter le bonheur à la société et la liberté de l’homme. En parallèle, il réfléchit sur le rôle de l’Etat, et son utilité ; dangereux, il ne servirait à rien, et pourrait aisément se substituer à une fédération d’associations de travailleurs regroupés librement.]

§  Saint Simon

Selon lui, les pouvoirs importants doivent appartenir à une élite car si la France perdait les meilleurs ouvriers ou encore les meilleurs mathématiciens, le mal serait irréparable. En revanche, il ne le serait pas s’il s’agissait d’un préfet par exemple, puisque remplaçable.

§  Proudhon

« La propriété, c’est le vol ! ». Par ces mots, Proudhon explique sa pensée fondée sur la condamnation de la propriété privée. Il cherche un socialisme égalitariste, et refuse ainsi les intérêts et les intermédiaires dans la distribution qui au contraire accroissent les inégalités puisque seuls certains accumulent des richesses. [+]

[Avec son exclamation « La propriété, c’est le vol !», on constate aisément que le scandale politique est également prôné par Proudhon. Dénonçant la propriété, il pense qu’elle ne repose sur aucune utilité. Son postulat repose sur la valeur du travail collectif qui est nécessairement plus importante que l’individuel. Mais la différence entre les deux ne se comprend pas dans le salaire ouvrier, et l’argent supplémentaire est attribué au capitaliste. Contre la nocivité de l’Etat, il dénonce aussi bien la démocratie qu’il considère illusoire. A la place su système en place il propose une association fédérative, élaborée à l’aide d’un pacte. De famille, en villages, jusqu’à parvenir à la formation de groupes, les rassemblements se soumettent à des règles communes. S’il ne désire pas détruire l’Etat, il veut le rendre fédéraliste, décentralisé et limité, représentant le pluralisme de la société.]

§  Louis Blanc

Il élabore un schéma d’amélioration de la condition ouvrière à travers L’Organisation du travail. Il contribuera à politiser le mouvement socialiste en créant les Ateliers sociaux qui devront permettre d’attribuer le même salaire à tous les travailleurs, et finalement fonder un grand secteur économique dont l’Etat serait responsable. Avec des débuts convaincants, il entreprend d’élaborer son projet en construisant les ateliers nationaux. Mais la pression des républicains modérés ne permettra pas une bonne expansion du projet.

Socialisme marxiste

« Dans la production sociale des moyens d’existence les hommes contractent des rapports déterminés, nécessaires et indépendants de leur volonté, des rapports de production qui sont corrélatifs à un stade déterminé du développement de leurs forces productives » (Karl Marx, Critique de l’économie positive).

Karl Marx, économiste qui aura profondément marqué la pensée économique et sociale du XXe siècle, se pose pour principal objectif la dénonciation  du capitalisme. Il développe de nombreuses théories philosophiques qui ne sont pas l’objet d’étude ici.

Une société de classes

Marx écrit le Manifeste du Parti Communiste, dans lequel il considère que l’Histoire est finalement celle de la lutte des classes ; la société est nécessairement formée de classes. Ainsi, les sociétés humaines évoluent par un conflit perpétuel opposant des classes sociales ayant des intérêts antagonistes :

§  La société féodale avait à sa tête la classe militaire des chevaliers et luttait contre les paysans

§  La classe bourgeoise a ensuite pris le pouvoir en 1789

§  Enfin, la classe ouvrière (le prolétariat), par l’apparition de la société industrielle aura selon Marx un jour le pouvoir, après une lutte contre la classe bourgeoise.

On a donc une classe de dominée, et une classe dominante. Entre ces deux classe, il y aura toujours une lutte de classes, qui conduira à la disparition du capitalisme et avec elle à l’extinction de la classe bourgeoise comme classe dominante.

Dénonciation du système capitaliste

Auteur d’une époque qui voit l’avènement de la société industrielle, Marx défend ses idées, prônant ainsi une dissolution du mode de production capitaliste. Il montre la société en tant qu’objet en perpétuel mouvement ; cette dernière s’établie selon des éléments plus ou moins divergents, les différences s’accordant néanmoins entres-elles, en ce sens qu’elles permettent une évolution. En effet, les dissidences entre certains intérêts conduisent à des volontés de changement au travers de luttes constantes. Ainsi, la société étant toujours dynamique, il en résulte la constitution de périodes ponctuelles appliquées à certains états dans lesquels elle se trouve. Ce changement s’effectue dans le temps, tout comme les rapports individuels évolutifs ; il en résulte la nécessité de prendre en compte la formation sociale historique. Si Marx trouve la source de la réalité sociale dans l’histoire, il diffère de la théorie hégélienne selon laquelle l’évolution des idées provoque celle de la société ; au contraire, il pense que les conditions matérielles d’existence déterminent la réalité sociale. Cette dernière se caractérise par des modes de production variant avec le temps.

Marx dénonce ainsi le mode de production capitaliste qui repose sur l’achat de la force de travail. Les ouvriers vendent en échange d’un salaire leur force de travail ; les entrepreneurs quant à eux revendent les produits à leur valeur d’échange (en fonction des prix du marché), et récupèrent ainsi une plus value. En ce sens, il dénonce ce qu’il appelle l’exploitation du travailleur, ou « l’exploitation de l’homme par l’homme ».

Considéré comme le dernier classique, Marx leur adresse une critique. Il reprend ainsi la division du travail propre à Adam Smith, pour montrer que cela contribue à la domination du capital sur les forces de travail. La machine va de cette manière (par la volonté d’accumulation du capital) se substituer à l’homme, et le capital se substituer au travail.