Mise à jour : avril 2021

Chine

La Chine repose sur un autoritarisme politique, une influence internationale et un système économique efficaces qui l’ont érigé au rang de deuxième économie mondiale. Désormais intégrée au système de mondialisation libérale, le pays lance dans de vastes projets, à l’image des «nouvelles routes de la soie», et investit massivement à l’étranger tout en participant activement à l’Organisation des Nations unies.

Bref historique

La Chine s’est considérablement développée pendant la longue dynastie Qing, sous l’influence des Mandchous. Puis, à la fin du 19e siècle, le déclin de la dynastie Qing a affaibli la Chine et provoqué une insurrection paysanne. Et en 1911, la République était instaurée, puis le parti nationaliste Guomindang rétablissait l’unité du pays, un temps compromis. Pendant ce temps, le Parti communiste s’est développé et a accru son influence.

Cependant, le Parti communiste sera longtemps considéré comme une menace pour le pouvoir en place, qui écarte le parti de la scène politique dans les années 1920-1930.

Au début des années 1930, les troupes du Guomindang finissent par encercler les membres du parti, obligeant les communistes à se retirer dans les montagnes de l’ouest. Commence alors la Longue marche, qui a amené les membres du parti à effectuer plus de 10 000 km.

Puis, après une brève accalmie durant la Sec- onde Guerre mondiale, les nationalistes de Tchang Kaï-chek vont être soutenus par les Américains et lutter de nouveau ; mais, lassés de voir les armes qu’ils fournissent aux nationalistes revenir aux mains des communistes par le biais d’officiers nationalistes corrompus, les Américains cessent de les soutenir. Les communistes parviennent alors à se hisser au pouvoir: la République populaire de Chine voit ainsi le jour en 1949.

La prise de pouvoir par les communistes va totalement modifier les déterminants économiques du pays : collectivisation des terres agricoles et nationalisation des industries deviennent la règle. Mais ces mesures n’ont pas d’effet positif sur le niveau de vie de la population, et en 1958, face à la détérioration de la situation, Mao Zedong lance le « Grand Bond en avant » pour sortir de l’impasse. Les coopératives paysannes sont alors regroupées en « communes populaires » et les paysans doivent s’orienter vers de grands travaux industriels, qui conduisent le pays à délaisser l’agriculture. Les récoltes diminuant, la Chine finira par sombrer dans une grave famine, qui fera des millions de victimes.

En 1966, pour raviver l’esprit révolutionnaire, Mao Zedong inaugure la « Révolution culturelle ». Les intellectuels, jugés trop éloignés du peuple, sont alors pourchassés par le pouvoir, et écoles comme universités sont fermées (ce qui durera dix ans). Cependant, les successeurs de Mao transformeront la Chine en supprimant les « communes populaires », mais aussi en se tournant progressivement vers l’économie de marché et en s’ouvrant aux capitaux étrangers (création de zones économiques spéciales). Moteur de ce change- ment, Deng Xiaoping a impulsé les « Quatre Modernisations » en 1978 en instaurant de nouvelles mesures d’ouverture (ex: abolition de la collectivisation de l’agriculture).

Ainsi, la Chine a connu un développement économique spectaculaire (croissance du PIB d’environ 10% par an durant une trentaine d’an- nées) grâce à une main d’œuvre bon marché, habile, et peu contestataire, mais aussi grâce à une industrialisation massive.

Bien que longtemps considérée comme l’ «usine du monde», et donc comme un simple sous- traitant des pays occidentaux, la Chine a pourtant réussi à devenir une grande puissance économique qui a fait émerger une classe moyenne, dont l’accroissement des besoins a conduit le pays à s’engager dans des projets d’exploitation de matières premières. Les classes moyennes se sont enrichies dans les centres villes en raison d’une urbanisation massive. Une classe sociale très riche s’est ain- si constituée, contrastant avec la pauvreté des campagnes, qui souffrent du chômage. Et pour cause, l’inégalité de la distribution des revenus a augmenté de 70 % entre 1985 et 2007.

Ainsi, l’Empire du Milieu a vu son économie se transformer : montée en gamme de la production chinoise après un fort développement économique fondé sur la conception de produits bon marché, augmentation des salaires (qui sou- tient l’accroissement de la demande intérieure), amélioration du niveau de vie, orientation vers la consommation intérieure et les services, etc.

Signe de son ouverture économique, la Chine était entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Malgré cela, le rôle de l’Etat reste primordial dans le modèle chinois d’économie de marché socialiste.

Politique intérieure

La politique intérieure chinoise reste marquée par la puissance du Parti communiste, qui dirige le pays depuis des décennies et dont la discipline intérieure s’est vue renforcée. La modification de la Constitution a également contribué à renforcer le pouvoir du Parti en levant la limite du nombre de mandats présidentiels et en donnant au président un «rôle dirigeant» du Parti communiste chinois.

Pourtant, la Chine est un immense territoire (9,5 millions de km2) et compte plus d’un milliard d’habitants issus de différents groupes culturels, des différences à l’origine de tensions.

Les Hans, qui représentent 90% de la population chinoise, forment le groupe culturel le plus important du pays, tandis que les autres eth- nies sont dispersées dans des régions arides ou regroupées en oasis (Tibétains au Sud-Ouest, Mongols au Nord et Ouïgours à l’Ouest). Aussi, la population chinoise a émigré dans les pays de l’Asie du Sud-Est, formant une diaspora de 20 millions de personnes.

Malgré l’immensité de la Chine, le pays a mis en place un vaste système de surveillance généralisée sur sa population, par le biais de l’Internet (stockage de toutes les données, approbation gouvernementale de certains sites d’information) et de la reconnaissance faciale (Skynet); celle-ci a vocation à traquer dissidents ou délinquants, mais opère également dans les lieux intimes (ex: toilettes publics). Aussi, les Organisations non gouvernementales (ONG) étrangères et les ONG chinoises recevant des fonds internationaux font l’objet d’un contrôle renforcé.

Ce contrôle massif de la population chinoise a conduit à une gestion rigoureuse de la crise sa- nitaire en 2020, le pays ayant notamment opté pour la mise en œuvre d’un confinement très strict.

Mais la traque des dissidents s’est aussi appuyée sur la grande lutte contre la corruption me- née par le président Xi Jinping lors de son ac- cession à la tête du Parti communiste chinois fin 2012. Cette lutte lui avait permis d’écarter les personnes soupçonnées de remettre en cause l’autorité du Parti.

La Chine tente également de conserver un relatif pouvoir sur Hongkong, qui en vertu de la Basic Law dispose de libertés similaires à celles des démocraties occidentales. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, Hong-kong est mise sous pression par la Chine, ce qui a provoqué d’importantes manifestations en faveur de la démocratie (mouvement “Occupy Central”) à partir de 2014.

Les dissensions n’ont cessé de grandir à mesure que la Chine renforçait son pouvoir sur ce territoire. Les Hongkongais dénonçaient donc l’arrivée de mesures non démocratiques au sein de leur giron (ex: volonté de la Chine en 2015 de sélectionner les candidats susceptibles d’être élus au suffrage universel). De leur côté, les dirigeants chinois accusaient les manifestants hongkongais d’être largement influencés par Washington dans leur démarche, dénonçant notamment la mainmise du National Endowment for Democracy; il s’agit en effet d’une fondation destinée à la diffusion de la démocratie financée par les Etats-Unis. C’est donc dans ce droit fil qu’une figure de la lutte pour la démocratie (Jimmy Lai) se voyait inculpé en 2020 en vertu de la loi sur la sécurité nationale pour «collusion avec des puissances étrangères». Mais d’autres motifs ont justifié nombre de poursuites contre les dissidents de l’ex-colonie britannique.

Les ethnies minoritaires continuent elles aussi à subir la sévère politique intérieure chinoise, qui les contraint à accepter une politique foncière favorable aux Hans, l’ethnie chinoise majoritaire. Début 2015, les Mongols, contraints à l’exode rural, s’indignaient ainsi contre la destruction de leur culture locale. Mais c’est avec les Ouïgours que les relations avec le pouvoir chinois sont les plus difficiles car cette ethnie se heurte à la politique d’extension territoriale menée par l’eth- nie Han dans la région du Xinjiang. C’est dans ce contexte qu’en 2014 et suite à des attaques terroristes ouigours, d’importantes mesures de surveillance ont été mises en place dans la région (ex: repérage des comportements suspects des musulmans par un logiciel). Témoins de cette situation, l’Occident a accusé à plusieurs reprises la Chine de répression contre la popu- lation ouïghoure, affirmant que les musulmans locaux étaient envoyés dans des camps de travail. En réponse, Pékin déclarait avoir amélioré la situation dans la région du Xinjiang et mettre en œuvre des normes internationales du travail et des droits de l’homme. Son but affiché est en effet de stabiliser la situation, par exemple en faisant suivre un programme éducatif aux membres de ces minorités ethniques liés à des organisations extrémistes (étude de la langue chinoise, des bases de la législation chinoise).

Cette forte incitation à intégrer la société chinoise n’est pas sans rappeler le cas du Tibet, un territoire que la Chine considère comme faisant partie intégrante de son Empire depuis le 7e siècle. Influencé par l’Inde (le bouddhisme s’y est largement répandu à partir du 8e siècle), le Tibet a été annexé par l’armée chinoise en 1949, lorsque Mao Tsé Toung est arrivé au pouvoir. Mais un mouvement de résistance s’est progressivement mis en place, avant de se renforcer lors de la révolution culturelle, qui interdira toute activité religieuse et détruira des milliers de temples. C’est ainsi que le peuple tibétain finit par se soulever, et en 1959, le Dalaï Lama quitte le Tibet pour l’Inde suite à une révolte populaire sévèrement réprimée. Il instaure alors un gouvernement tibétain et sera soutenu dans son opposition à la Chine par nombre de pays occidentaux; il obtiendra le prix Nobel de la paix en 1989.

Politique extérieure

L’image de la Chine est depuis des années ternies par un défaut de confiance, le pays étant régulièrement accusé de manque de transparence. Cela a par exemple été le cas en 2020, lorsque les Chinois ont été critiqués pour leur gestion de la pandémie, l’ampleur de la crise ayant été camouflée durant des semaines. L’Empire du milieu tend donc à améliorer son image internationale, notamment à travers ses engagements sur la question climatique. Elle acquiert ainsi progressivement une image favorable en Occident.

Les moyens d’influence

La Chine renforce progressivement son in- fluence mondiale par divers moyens: modernisation de son armée, et notamment de son arsenal nucléaire, croissance du budget de la défense, rattrapage technologique, etc. Cela lui permet désormais largement de rivaliser avec les Etats-Unis, eux-mêmes ainsi contraints de poursuivre leur développement technologique.

Pékin s’est aussi lancé dans différents projets spatiaux (ex: mise en orbite d’une station spatiale en 2022), alors que le pays avait déjà envoyé un véhicule téléguidé appelé «Lapin de Jade» en 2013, révélant ainsi ses ambitions dans le domaine. Le pays a également ramené des échantillons de roches lunaires; l’intérêt chinois pour le satellite de la Terre s’expliquerait dans une moindre mesure par la présence de terres rares sur le sol lunaire. Cependant, la Chine est déjà la principale productrice de terres rares et souhaite avant tout conquérir l’espace pour assurer son autonomie, comme elle l’a fait en lançant son système de navigation Beidou, une alternative au GPS américain.

Mais c’est également sur le terrain de la monnaie que Pékin cherche à renforcer son influence internationale. La Chine conteste en effet l’hégémonie du dollar, et souhaiterait faire du yuan la monnaie de référence dans ses échanges commerciaux.

C’est aussi sur le terrain du climat que la Chine entend peser sur la scène internationale, se plaçant en opposition par rapport à son rival américain. L’Empire du Milieu, premier pollueur mondial, a en effet cherché à devenir le leader de la lutte contre le changement climatique en investissant massivement dans les énergies vertes et en réduisant les émissions de dioxyde de carbone. Le pays a également souhaité être moteur dans les engagements multilatéraux sur le climat, affichant par exemple en 2020 un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2060.

La politique d’influence chinoise repose également sur le déploiement de politiques d’internationalisation des entreprises nationales.

Une politique internationale active

Absente de la scène mondiale depuis le 18e siècle, la Chine s’est aujourd’hui ouverte au monde et cherche désormais à promouvoir ses intérêts nationaux.

Le pays a ainsi rompu avec sa traditionnelle approche dite « profil bas » de la politique étrangère lancée par Deng Xioaping. En effet, depuis 2012, Pékin affiche son intention de défendre ses intérêts en bouleversant l’ordre mondial.

C’est dans ce contexte que la Chine a créé la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), afin de concurrencer le FMI et la Banque mondiale, mais aussi de contrer l’emprise américaine sur la Banque asiatique de développement.

C’est dans un but similaire que naissait le Partenariat régional économique global (RCEP en anglais) qui faisait naître la plus vaste zone de libre-échange au monde.

Surtout, la Chine s’appuie sur son projet «Une ceinture, Une route», qui doit ressusciter la Route de la soie, utilisée pour transporter des produits vers l’Europe il y a 2000 ans. Ce projet doit permettre à la Chine de peser davantage dans le commerce international afin de s’imposer comme la première puissance mondiale.

En lançant ce projet, le pays s’affirmait comme une puissance régionale dominante et réduisant de fait le poids du Japon et des Etats-Unis dans la région. Mais ce projet, bien que largement centré sur la région asiatique (Pakistan, Laos, Birmanie, etc.), s’appuie aussi sur des partenaires européens de plus en plus nombreux (Portugal, Croatie, etc.); des multinationales chinoises se sont par exemple emparées du port du Pirée en Grèce ainsi que de terminaux portuaires à Bilbao, en Espagne. Ainsi, la Chine continue à avancer ses pions au travers de nombreux projets dans différentes régions du monde.

La Chine est ainsi devenue le principal investisseur dans le monde, notamment en poursuivant son expansion sur le continent africain. Le pays est ainsi devenu un grand pourvoyeur d’infrastructures en Afrique, en investissant par exemple dans le secteur du transport et de l’énergie. Dès 2009, la Chine était devenue le principal partenaire commercial du continent africain.