Mise à jour : décembre 2014

Drones, cyberattaque : entre guerre et surveillance

Véritables petits engins espions, les drones civils s’invitent partout : dans la surveillance des lignes de la SNCF, pour alimenter les images des journaux télévisés…

Les drones militaires

Les drones, petits engins pilotés parfois à des milliers de kilomètres, bouleversent les pratiques de la guerre. Les pilotes ne sont plus directement confrontés à leurs adversaires, mais installés derrière un écran d’ordinateur comme face à un jeu vidéo. Et selon certains observateurs, ceux que l’on désignait classiquement comme des guerriers ne seraient que des assassins, les pilotes de drones étant invulnérables contrairement à leurs victimes. De plus, la guerre des drones placerait les populations dans une guerre permanente, sans frontière.

Le drone est l’arme par excellence en matière de lutte contre le terrorisme car elle permet d’agir dans des lieux auparavant inaccessibles, notamment au Waziristan. Certains observateurs soulignent les risques de dérives, le terrorisme servant de justification à l’enlisement vers la guerre permanente.

La CIA mène depuis 2004 une guerre des drones qui a faits de nombreux morts ; beaucoup de civils ont été la cible d’attaques de drones. La persistance de ces engins dans le ciel pakistanais et l’accroissement du nombre de victimes sont dénoncées par différentes associations, qui soulignent leurs conséquences désastreuses sur les enfants, traumatisés. Certains s’insurgent ainsi contre ce qu’ils considèrent comme un non-respect du droit à la vie, et donc violant le droit international.

Cette pratique se répand pourtant dans différents pays : plus de 80 pays possèdent déjà leurs propres drones. Et les Etats-Unis s’interrogent désormais sur un éventuel transfert de la guerre des drones opérée par la CIA au ministère de la défense.

Du drone militaire au civil

Cet appareil, d’abord utilisé à des fins militaires, émerge aujourd’hui dans la vie quotidienne. Des milliers de vidéos mises en ligne sont désormais réalisées avec des drones. Et de nombreux systèmes de surveillance révèlent leur intérêt pour les drones…

Reprenant une idée évoquée la préfecture de police, Eugène Caselli, président de la communauté urbaine de Marseille, avait ainsi proposé d’installer des drones de surveillance pour lutter contre l’insécurité.

Les drones civils sont de plus en plus performants, discrets et bon marché.

En mars, un drone d’autodéfense équipé d’un Taser a été présenté au Texas, démontrant sas capacité à immobiliser un individu. De la même façon, un drone avait réussi à récupérer les informations contenues dans les smartphones de 150 personnes en survolant un quartier londonien.

A ces nouvelles possibilités offertes par la technologie s’ajoutent la question de la protection des particuliers contre les « dronistes ». Il sera en effet difficile de prévenir les individus qui entrent dans un lieu public qu’ils pourraient être filmés par des drones.

La France s’est rapidement dotée d’une règlementation spécifique : deux arrêtés de 2012 s’attachent à intégrer les drones à usage professionnel dans l’espace aérien. Le cadre juridique, favorable à l’essor de cette activité, ne mentionne pas les éventuelles atteintes à la vie privée.

De son côté, la Commission européenne a dit vouloir s’engager dans la règlementation des activités des drones civils.

Aux Pays-Bas, une loi interdit déjà aux mairies d’utiliser des drones en matière de vidéosurveillance.

Aux Etats-Unis, un groupe de pression, l’Electronic Privacy Information Center, dénonçait l’utilisation croissante de drones civils, qui deviennent « une menace potentielle sur toute personne vivant aux Etats-Unis ». Pourtant très critiqué lors de l’arrivée des Google Glass sur le marché, Eric Schmidt, patron de Google, défend lui aussi l’idée d’une régulation

Cyberattaques

On parle de « cyberguerre » pour désigner des méthodes de hacking destinées à fragiliser les gouvernements ou encore les entreprises ciblées. En 2007, un groupe de hackers chinois avait ainsi attaqué la France, de même que Stuxnet avait permis de pirater la centrale nucléaire d’Iran. Ainsi, un individu isolé peut déstabiliser une grande entreprise ou un Etat. En France, début 2011, plus de 150 ordinateurs du ministère de l’Economie avaient été piratés.

Ces cyberattaques, par l’ampleur des conséquences qu’elles peuvent engendrer, pourraient paralyser toute l’activité économique de la planète en s’attaquant à des infrastructures sensibles. Contrairement à la plupart des pays occidentaux, Israël s’est prémunie contre ces attaques en investissant dans la défense informatique (bouclier numérique).

Les services de renseignement utilisent eux-mêmes différentes techniques pour déjouer les méthodes de chiffrement des données. En 2013, l’affaire Snowden avait révélé au grand jour les activités de la NSA et son allié britannique le GHCQ. Et en mars 2014 le NSA dévoilait son intention d’adjoindre une cyber-armée aux corps des armées traditionnelles. Pour y parvenir, le système d’écoutes mondiales a été renforcé : depuis 2008, la NSA a implanté des logiciels espions dans 100 000 ordinateurs dans le monde afin de détecter des attaques.

De son côté, la France aurait également conduit des cyberattaques, notamment à l’encontre d’institutions iraniennes liées au programme nucléaire du pays (programme « Babar »).

De nouveaux enjeux de taille

Aujourd’hui, les drones et les cyberattaques permettent de faire la guerre dans des endroits restés inaccessibles, à l’image du Waziristan, au Pakistan (guerre des drones par la CIA).

De plus, la guerre doit désormais faire le moins de morts possible : on veut frapper l’ennemi à distance, sans prendre de risque. Grâce aux drones et à la cyberguerre, il devient inutile d’entrer sur le territoire ennemi, ni d’entrer en contact avec l’adversaire.

Le président américain Georges Bush redéfinissait ainsi à la fin des années 1990 l’instrument militaire. Cette politique a été étendue sous l’administration Obama avec les drones.

La guerre conduite par des drones rend ainsi les pilotes invulnérables face à leurs victimes. Ainsi, la guerre des drones qui sévit au Pakistan depuis 2004 est dénoncée notamment pour l’accroissement constant du nombre de victimes civiles qu’elle entraîne. Certaines régions pakistanaises sont désormais en effet la cible permanente de drones, qui ne font pas toujours la différence entre civils et belligérants.