Mise à jour : mai 2014

La crise syrienne

En 2011, les révoltes arabes s’étendaient à la Syrie. Près de trois ans plus tard, le conflit mené contre Bachar el-Assad a fait plus de 130 000 morts et provoqué le déplacement de 2,4 millions de personnes.

Avec « Genève 2 », partisans et adversaires du régime syrien espéraient trouver un accord qui ouvrira la voie à un dialogue entre les alliés de la Syrie et les Occidentaux. Mais la situation ne s’est pas apaisée, et le régime syrien reprend progressivement la main.

Bref retour en arrière

En mars 2011, de nombreux rassemblements dénoncent dans la rue le régime de Bachar el-Assad. En quelques semaines, le conflit se radicalise lorsque le régime syrien se lance dans une répression sanglante. Le pays entre alors en guerre civile.

Bachar el-Assad est le chef du parti Baas et président de la République arabe syrienne depuis 2000, date à laquelle il avait succédé à son père, Hafez el-Assad. De confession alaouite (minoritaire en Syrie),

L’opposition au régime se met alors rapidement en place. Un Conseil national syrien est créé, et en 2012, la Coalition nationale syrienne (CNS) voit le jour ; elle permettra de coordonner les oppositions au régime de Bachar el-Assad.

De leur côté, les opposants occidentaux au régime appellent au départ du président syrien. Début 2012, les Nations unies adoptent une résolution qui condamne la répression menée par l’armée syrienne, ce, malgré l’opposition des pays alliés de la Syrie (Chine, Russie, Iran).

Pourtant, les combats perdurent, progressivement alimentés par l’arrivée de groupes islamistes, qui vont intégrer le mouvement de révolte et ainsi complexifier le conflit : le Front Al-Nosra, branque syrienne d’Al-Qaida, État islamique en Irak et au Levant” (EIIL)… Les mouvements rebelles ont également été financièrement soutenus par l’Arabie saoudite et le Qatar.

En 2013, le conflit prend une nouvelle tournure lorsque les soupçons de recours aux armes chimiques par l’armée du régime sont confirmés. Le franchissement de ce que Barack Obama considère comme « la ligne rouge » ouvre alors la voie à l’armement des rebelles par les Etats-Unis. Fin 2013, un accord est néanmoins trouvé : il contraint le régime syrien à détruire son arsenal chimique.

La France, qui entendait intervenir en Syrie après l’attaque chimique d’août 2013, a été prise de court lorsque la Russie a proposé de placer l’arsenal chimique syrien sous surveillance internationale. La justification d’une intervention en Syrie venait alors de s’effondrer. Les Etats-Unis ont accepté la proposition, soulagés de ne pas avoir à intervenir, l’engagement dans le conflit syrien étant impopulaire et risqué. L’accord a ainsi été conclu entre Russes et Américains avant que l’ONU ne l’approuve fin septembre 2013.

Mais la bataille perdure entre les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) et les troupes de Bachar Al-Assad, qui ont repris certaines villes, notamment grâce à l’aide du Hezbollah.l’importance des affrontements ont contraint une partie de la population à s’exiler. Trois ans après le début du conflit, les réfugiés syriens au Liban représentent 25 % de la population. Mais les Syriens sont également présent en Turquie, en Irak, en Egypte ou en Jordanie.

De longues négociations

Avec « Genève 2 », les négociations mettent opposants et amis du régime syrien autour de la même table. L’objectif des négociations est de trouver une solution au conflit, et d’appliquer l’accord de « Genève 1 » conclu en 2012 qui appelait à la création d’une instance de gouvernement transitoire.

Néanmoins, seule la moitié des membres de la CNS ait accepté d’y participer, et le Front islamique, principale formation combattante, l’a refusé.

Schématiquement, alors que la Russie a soutenu le régime syrien.les Occidentaux cherchaient à appliquer « Genève 1 », et ainsi à évincer Bachar el-Assad du pouvoir. L’Arabie saoudite et le Qatar cherchaient également à affaiblir le régime syrien ; lors des négociations, le ministre des affaires étrangère syrien a néanmoins critiqué ces pays qui « prétendent donner des leçons de démocratie et de développement alors qu’ils s’enlisent dans l’ignorance et dans des pratiques moyenâgeuses ».

Mais ce premier volet de négociations, qui permettait pour la première fois depuis le début de la guerre une réunion entre les deux parties, s’est soldé par un échec relatif. Il a cependant ouvert le dialogue entre les puissances. Mais cela n'a pas empêché le régime syrien d'intensifier ses raids contre les quartiers d’Alep après la tenue des négociations de Genève 2.

Les pourparlers ont pourtant repris le 10 février, mais sans que d’importantes avancées ne viennent apaiser les liens entre la Syrie et l’Occident.

Les Occidentaux dénoncent la politique d’obstruction pratiquée par le gouvernement syrien dans les négociations. La Syrie a en effet refusé d’évoquer la question de la formation d’une autorité de transition, considérée comme l’un des objets principaux de Genève 2. Face à ces échecs, le débat sur une intervention militaire a repris. Les Occidentaux se sont penchés sur l’octroi d’une nouvelle aide à l’Armée syrienne libre, branche modérée de la rébellion.

Et la crise ukrainienne pourrait accentuer les différents entre Occidentaux et Syriens. L’opposition entre Washington et Moscou empêche une évolution du dialogue, à l’image de Genève 2. La Russie continue en effet d’envoyer de plus en plus d’armes en Syrie.

Vers un renforcement du régime syrien ?

L’opposition armée se trouve désormais affaiblie par ses propres divisions et par l’avancée des troupes de Bachar Al-Assad. Ces divisions sont nées des nombreuses ingérences, marquées par les rivalités entre le Qatar et l’Arabie saoudite, mais aussi par l’afflux de djihadistes étrangers. Elles ont permis à l’armée syrienne et au Hezbollah de reprendre la ville de Yabroud, lieu stratégique par lequel les combattants du Front Al-Nosra (affilié à Al-Qaida) et l’Armée syrienne libre se sont ravitaillés en armes et en vivres.

L’affaiblissement de la rébellion a permis au régime syrien de se lancer dans une reconquête militaire et vers la réélection de Bachar Al-Assad pour un nouveau mandat de 7 ans.